Interviews des anciens élèves de Eqimonie.

Nous allons présenter sur ce blog, quelques interviews d’anciens élèves d’Eqimonie.

Voici Richard Danquigny, qui vit aujourd’hui dans le sud de la France, mais qui a été longtemps parmi nous à Paris.

 

Interview de Richard:

– Comment as-tu rencontré l’école Eqimonie ?
Au départ, c’était tout simple: je venais d’emménager rue de
Ménilmontant, et je voulais faire « quelque chose ». Il y avait un cours
le samedi après-midi, à deux pas de chez moi, avec Sadri Tamara, où
l’on suait sang et eau. Ça me plaisait bien. C’était dur, rude.
Personne ne pouvait être là comme dans un club de rencontres. Ensuite,
au cours du jeudi soir, il y avait beaucoup de technique, avec Vincent
Pham Ngoc. C’était clair, précis, fin. J’ai senti qu’il y avait de
quoi apprendre longtemps. Puis il y a aussi eu le tai chi le samedi
matin, le lundi soir. C’était complexe et pourtant fluide et j’ai
compris qu’il y avait de quoi travailler, penser, apprendre pendant vraiment longtemps.

– Pourquoi as-tu choisis de suivre l’enseignement d’Eqimonie plutôt qu’une autre école ?
C’était un peu avant Eqimonie, l’ASWT (l’association sportive de kung
fu Wu Tao).
Il est souvent difficile d’expliquer pourquoi on se sent bien quelque part.
Surtout lorsqu’on a pas beaucoup d’expériences proches (quelques
essais dans des cours de tai chi pour ma part, et puis c’est tout).
Mais il y avait une atmosphère de calme et de sérieux qui se dégageait
des cours, sans que ce sérieux soit inutilement pesant ou
impressionnant. Il y avait des règles, une forme de hiérarchie (les
anciens, les nouveaux) mais pas de domination ou d’humiliation comme
j’ai pu le voir ailleurs. Les « anciens » qui semblaient tous, à leur
manière, de sacrés modèles, donnaient envie de progresser Et puis il y
avait le silence pendant la pratique. J’ai pu y découvrir petit à
petit des sens nouveaux à l’organisation, aux règles, aux exercices.
Une autre manière d’apprendre aussi, plus intime, plus autonome,
souvent « en dehors » du langage : une pratique que je cherchais depuis longtemps.
De cette manière, il y avait toujours moyen de porter son attention
sur quelque chose de neuf, même dans la répétition apparente. Il y
avait quelque chose de plus que la « technique », un travail de
perception, de sensation qui était presque toujours neuf (quand il ne
l’était pas c’était bien entendu de ma responsabilité). Bref, toujours
la sensation qu’il y a quelque chose de plus juste, de plus fin à
découvrir, et qu’à chaque fois, c’est là, à portée de main, ou du moins pas très loin, devant.
Il y avait aussi, dans l’effort commun, une forme de communion, une
amitié qui se passait de mots mais qui était très forte et vivante, et
que j’ai rarement vu ailleurs. Peu de compétition d’égo, peu de
rivalités au-delà de l’émulation, mais une vraie recherche commune.

– Quels sont les points positifs que la pratique a pu t’apporter ?
Beaucoup de choses. D’abord, et dans la pratique « physique » et intense
du Kung Fu, le dépassement de certaines limites, mentales plus que physiques.
La fatigue(intense) et une très grande confiance en l’autre aident à
dépasser certaines peurs, à « sortir de soi » et à rentrer dans – je ne
sais pas bien comment formuler cela, mais, peut-être – une autre forme
de présence ou d’attention au monde. C’est très exactement la même
chose avec le Tai Chi , ou l’éveil corporel, mais par d’autres
chemins. Disons que j’ai d’abord eu besoin de la « rudesse » du Kung Fu
pour me mettre en chemin, mais que c’est là une obligation très personnelle.
De manière graduelle, cette pratique amène, de mon point de vue, à des
modifications notables du rapport au corps, à la perception, et  par
là même, à de nouvelles formes de présence au monde. Les principes mis
en jeu dans les exercices ont vocation à s’étendre bien au-delà du
cadre de la pratique « stricte » de la salle. Dans les situations de
stress et de fatigue, peut-être, mais aussi et surtout dans le
quotidien le plus « banal ». Cela peut amener, bien que de manière
intermittente à mon niveau, à une attention particulière aux gestes,
aux mouvements physiques comme aux mouvements de pensée, dans les
moments les plus inattendus. Faire la vaisselle, marcher dans la rue,
travailler peuvent alors devenir des moments calmement mais intensément vécus.

– Que peux-tu nous dire des stages de kung fu et tai chi, que tu as suivi?
Encore une fois des moments de dépassement de certaines limites.
Une formule que j’ai souvent entendu (restitution approximative): « on
ne peut pas faire bouillir de l’eau si l’on retire sans arrêt la
casserole du feu ». Les stages sont des moments où l’on est sûr de bien
faire bouillir la marmite. L’intensité de la pratique permet ainsi
d’approcher des perceptions que l’on pourra affiner ou redécouvrir
plus tard, dans la pratique régulière. C’est un moment où l’on
engrange un grand nombre de sensations dont le corps se souvient, où
l’on débroussaille des chemins neufs à pratiquer. C’est aussi une
agréable tranche de vie en commun, ou l’on trouve plus de temps pour
rencontrer, jouer, discuter. C’est enfin souvent là que sont abordées
de manière plus frontales des thématiques, des pistes de recherches qui sont plus implicites dans la pratique quotidienne.

– Que préfères-tu dans un cours ?
Je n’ai pas de préférence, pas de moment particulier. Quand un cours
est bien organisé, il y règne une certaine fluidité, un lien plutôt
que des coupures entres les différents moments.

– Tu as enseigné au sein d’Eqimonie ? Cela représente quoi pour toi ?
« enseigner, c’est apprendre deux fois »(Joseph Joubert). Je pense que
cette formule est particulièrement juste. Enseigner, c’est vérifier son savoir.
Faire la part des choses entre ce que l’on sait et ce que l’on croit
savoir, ce qui relève de la croyance et ce qui est de l’ordre d’une
connaissance « réelle », ce que l’on considère comme le plus juste,
l’essentiel, et puis le reste…
C’est aussi se découvrir, dans sa pratique, d’une autre manière. Se
positionner en tant qu' »enseignant », c’est aussi questionner un
certain nombre de problématiques comme par exemple: l’autorité, l’égo
personnel, le partage des responsabilités dans une réussite ou une
difficulté… c’est donc toujours apprendre, à un niveau plus intime.
Enseigner, enfin, c’est pour moi réfléchir par la pratique à la notion
même d’apprentissage et de transmission. Comment j’ai pu apprendre
telle ou telle chose? comment un autre peut apprendre la même chose,
de la manière, ou d’une manière toute différente? C’est encore ouvrir,
agrandir sa propre capacité à se poser des questions.

– Quel conseil pourrais-tu donner à une personne qui débute en kung fu ?
Etre présent, sérieux et ouvert. Essayer de s’extraire de toute
histoire personnelle, le temps d’un entraînement, afin de profiter au
mieux de ce qui peut advenir.
Ne pas se décourager face à « la longueur » du chemin mais essayer de
garder en mémoire quelques traces de sa propre évolution, pour soi.

Richard et Hugo.

Richard qui ne manque pas d’humour a choisi cette photo où Hugo lui donne un coup de poing, pour illustrer son interview.

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